Beyrouth, dernière danse.

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Après deux ans au Liban, je crois que l’heure est au bilan. Et oui Beyrouth, je te quitte. Mais j’emmène quand même avec moi un petit bout de toi. Ton halloum, ton labneh et ton pain pita sans saveur et enfin, ta langue, l’arabe, que j’ai mis tant de temps à apprendre.

Pourtant notre première rencontre fut plutôt chaotique. Je n’oublierai jamais mon arrivée sur ton sol, deux heures passées à chercher l’appartement où je devais loger, ignorant à l’époque que chez toi personne ne connait les noms et numéros des rues (chauffeurs de taxi compris). Maintenant, je souris quand j’entends des touristes me demander une adresse, les renvoyant gentiment à un repère spatio-temporel « libanesque »:  » à côté de l’église Saint Maron, au croisement après le petit fleuriste, en face du dekkaneh. (épicier) « 

Je me souviens de mon sentiment à la vue de ton architecture abîmée par les épreuves de la vie. Tu n’étais pas de ces filles à la beauté évidente. Je n’ai d’ailleurs pas apprécié tes charmes au premier regard, te trouvant même laide pour tout t’avouer. Tes années de douleur pouvaient se lire sur chacun de tes murs. Mais comme un amant que l’on apprend à connaître et à apprécier, je me surprends aujourd’hui à te trouver belles  dans toutes ces failles qui te constituent.

Tu m’as beaucoup frustrée au début . J’ai mis du temps à m’habituer à tes chauffeurs de taxi souvent trop bavards et parfois pervers, à comprendre que leur petit lever de menton condescendant n’était pas un signe de mépris mais signifiait juste que je n’étais pas sur leur route.

Tu m’as fatiguée aussi: Tu vis dans le tumulte permanent et c’est amour inconditionnel que tu as pour le klaxon. Ton mantra c’est un peu « je klaxonne donc je suis ».

Tu m’as déroutée quelquefois. Quand j’aurai pu penser que tu n’étais une bigote conservatrice, j’ai croisé le chemin d’esprits les plus ouverts et délurés. Et s’il m’est arrivé de vouloir te quitter sans préavis, te trouvant trop superficielle à mon goût, tu as toujours su me retenir en me rappelant que tu ne ressemblais à personne d’autre.

Enfin, tu m’as  émue souvent par ton grand cœur. Quand ces mêmes chauffeurs de taxi me tendaient un mouchoir pour pleurer certains soirs, ou s’arrêtaient sur leur route pour m’offrir un café sans raison particulière. Je regrette déjà tes tables chaleureuses débordant de mezzés alléchants, ce fruit ou ces chewing-gums donnés par l’épicier quand tu vas faire tes courses juste pour te souhaiter bienvenue.Je pleure tes « habibti » « hayete » qui n’existeront plus dans mon paysage sonore.

Alors avant de partir, je souhaiterai te confesser une dernière chose. Je t’ai admiré secrètement. En dépit de tous tes problèmes, tu continues de te lever chaque matin et d’avancer avec grâce. Résignation? Résilience? Peut-être les deux à la fois. Je ne sais pas si je t’ai comprise un un jour mais une chose est sûre, ma plus belle histoire d’amour c’est vous.

Voyages

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