Iran, au pays des merveilles et du martyr 1,2, 3/6

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Après des années de fascination sage et des mois d’obsession intense, c’était décidé 2016 serait l’année de ma rencontre avec l’Iran, ce pays qui m’intrigue tant. Un voyage décidé sur un coup de tête (deux jours avant le départ) et sans aucune préparation ou presque avec seulement mon billet d’avion en poche, un vague itinéraire et quelques requêtes couchsurfing en attente . Au programme, deux semaines d’explorations persanes qui m’ont amené de Téhéran à Shiraz, à la conquête des terres de Darius le Grand, d’Hafez et de Saadi. Une épopée à la fois poétique et nostalgique dont je retiendrai surtout l’hospitalité exceptionnelle des ses habitants. Pourtant, quand on annonce qu’on souhaite voyager en Iran, les premières réactions sont souvent incrédules et parfois passionnées. Une chose est sûre, l’Iran ne laisse pas indifférent. Si les images de voile, et de terroristes barbus  frappent malheureusement encore une grande majorité des esprits quand on l’évoque, résultat de décennies de politiques internationales et de matraquage médiatique négatif, une progression se fait sentir depuis la levée internationale des sanctions, intérêts économiques oblige. L’Iran se fait soudainement plus sympathique, ouvert et tendance. Il n’a pourtant pas entendu l’aval des Etats-Unis ou de l’Europe pour devenir une civilisation brillante et visionnaire. Une nation à la grandeur perdue qui a bien plus que des tchadors et des mosquées à offrir entre histoire, architecture, culture et nature. Au pays de la foi et du désenchantement, l’Iran en 6 lettres persanes.

Lettre persane n°1: Hospitalité & Taarof

Après une arrivée au beau milieu de la nuit chez nos hôtes; un couple d’artistes installés dans le sud de Téhéran, je suis frappée dès mon réveil par la première particularité des iraniens: une hospitalité à toute épreuve. Ayant vécu deux ans au Liban, je m’étais déjà familiarisée à cette générosité orientale, mais elle n’est rien à côté de l’accueil réservé par les perses. Ces champions du monde du taarof (sorte de bonne manière selon laquelle on refuse toujours plusieurs fois quelque-chose même si on le désire très fortement) ont fait de la politesse une règle d’état. Un repas de haute volée nous attendait donc déjà sur la table dès le saut du lit: l’ami du déjeuner iranien: combo Sangak (un pain assez épais qui ressemble à une gaufre), fromage frais, confiture et bien-sûr thé au nabat (sucettes composées de cristaux de sucre et safran que l’on fait fondre pour donner un goût acidulé au thé). Cette impression se confirma plus tard chez chacune toutes les personnes qui nous ont hébergé, prenant de leur temps pour cuisiner et partager leur culture, opinions politique, et même parfois vin fait maison (oui oui). Aucune hostilité ni « Death to America »à l’horizon, au contraire de nombreux iraniens semblaient heureux de nous voir visiter leur pays lors de nos pérégrinations même dans des régions plus rurales, nous interpellant dans la rue pour nous souhaiter la bienvenue, nous poser des questions, ou encore nous offrir de bonbons. Un vieux monsieur dans le métro, un jeune homme dans la rue, ou une jeune fille en tchador à la mosquée, il n’est pas rare que certains nous demandent nos emails ou de passer un peu du temps avec nous par simple curiosité. L’égalité des chances n’est visiblement pas encore un acquis universel, il reste très difficile pour la majorité des iraniens de sortir de leur pays en raison des sanctions infligées par la communauté internationale et leur conséquences sur la situation économique . Pour beaucoup, la présence de touristes apparaît donc comme une ouverture mais aussi l’espoir de meilleurs rapports avec les autres pays et d’une amélioration de leur situation. NB: la majorité des jeunes diplômées vivent chaque mois avec 500 dollars, ce qui reste relativement faible même si la vie est moins chère qu’en Europe.

Lettre persane n°2: Que la montagne est belle

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Que la montagne est belle, et encore plus en Iran où elle domine le pays, découpant le pays du nord ouest au sud est avec la chaîne montagneuse des monts Zagros. A Téhéran, elle est toujours visible quelque-part en filigrane, incitant ses habitants à lui rendre visite. Les iraniens dévalent eux aussi les pistes enneigées quand la saison s’y prêtent et possèdent même leur Courchevel local, Dizin, une station proche de la capitale et réputée pour son altitude. Pour ma part, je me suis contentée d’une randonnée dans la neige, mon expérience en ski de fond se limitant à l’enfilage de la combi et à la maîtrise du chasse-neige, apprentissage durement acquis pendant mes études au Canada. Rendez-vous donc à Vardavard, une petite bourgade près de Téhéran , où nous prenons un taxi avec nos amis pour rejoindre le village où commence la montagne. Un espace de liberté où le voile tombe parfois loin des regards inquisiteurs , et où l’on peut parler plus librement autour d’un bon repas au coin du feu. Mais la géographie iranienne est variable et nous mènera plus tard dans des vallées plus désertiques sur les routes d’Isfahan, avec le village d’argile d’Abyaneh ou dans la région de Yazd.

Lettre persane n° 3: Grandeur et nostalgie

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l’Iran est une terre promise de palais luxuriants, jardins fleuris et de marchés (les fameux bazaar) aux tapis et tissus multicolores. Tous sont témoins de la grandeur passée de la nation et de l’ambition des différents monarques qui l’ont dirigée. Parmi eux, le palais Golestan ( » place des fleurs » en farsi) qui porte également le nom d’un recueil de poèmes de Saadi, un célèbre poète de Chiraz. Située dans le centre historique de Téhéran près du Grand Baazar,cette demeure  construite sous la dynastie Safavide était devenue l’ancienne résidence de la famille royale des Qajar (famille régnante avant l’éviction du roi par un coup d’état de Reza Pahlavi, officier qui deviendra par  la suite le futur shah d’Iran). Elle est un vrai joyau d’architecture nichée et mêle à la fois des motifs architecturaux perses et européens. Son hall d’entrée et ses salles de réceptions grandioses se composent de décors en stuc, vitraux, et miroirs et accueillaient  autrefois les invités d’honneur internationaux (ambassadeurs du monde entier et  cours d’Europe). Une galerie expose même des cadeaux offerts aux Qajar par les leaders étrangers. Un trésor unique qui comprend des vases Ming ou encore des tableaux offerts par le tsar de l’Empire Russe. Des événements majeurs s’y sont déroulés comme le couronnement de Mohammad Reza Pahlavi et beaucoup de réceptions officielles, même si la demeure officielle des Pahlavi se situe au palais Naravestan (nord de la ville). Ces palais sont autant de fantômes  des fastes d’antan où l’opulence et la démesure régnaient comme lors des fêtes tant controversées organisées par le Shah en 1971 pour célébrer les 2500 de l’Empire Perse. Une grandeur qui avait commencé à l’antiquité et que l’on retrouve au sud du pays à Persépolis (60km au sud de Chiraz), où dorment les restes de l’Empire de Darius le grand avant sa destruction par Alexandre le Grand. Des pierres abîmées mais aussi des fresques sculptées du roi achéménide qui transcendent le plateau désertique dans lequel ils s’installent.  A Isfahan, c’est le roi Safavide Abbas I qui laisse sa trace et sa mémoire à travers le magnifique palais  d’Ali Qapu, une bâtisse de sept étages et ornementé de peintures naturalistes.

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