Iran, au pays des merveilles et du martyr 4/6

holy defense4.jpgAprès des années de fascination sage et des mois d’obsession intense, c’était décidé 2016 serait l’année de ma rencontre avec l’Iran, ce pays qui m’intrigue tant. Un voyage décidé sur un coup de tête (deux jours avant le départ) et sans aucune préparation ou presque avec seulement mon billet d’avion en poche, un vague itinéraire et quelques requêtes couchsurfing en attente . Au programme, deux semaines d’explorations persanes qui m’ont amené de Téhéran à Shiraz, à la conquête des terres de Darius le Grand, d’Hafez et de Saadi. Une épopée à la fois poétique et nostalgique dont je retiendrai surtout l’hospitalité exceptionnelle des ses habitants. Pourtant, quand on annonce qu’on souhaite voyager en Iran, les premières réactions sont souvent incrédules et parfois passionnées. Une chose est sûre, l’Iran ne laisse pas indifférent. Si les images de voile, et de terroristes barbus  frappent malheureusement encore une grande majorité des esprits quand on l’évoque, résultat de décennies de politiques internationales et de matraquage médiatique négatif, une progression se fait sentir depuis la levée internationale des sanctions, intérêts économiques oblige. L’Iran se fait soudainement plus sympathique, ouvert et tendance. Il n’a pourtant pas entendu l’aval des Etats-Unis ou de l’Europe pour devenir une civilisation brillante et visionnaire. Une nation à la grandeur perdue qui a bien plus que des tchadors et  mosquées à offrir. Entre histoire, architecture, culture et nature, pays de la foi et du désenchantement, l’Iran en 6 lettres persanes.

Lettre persane n°4: Amnésie collective et martyr

Après la révolution de 1979, tout semble vouloir effacer la mémoire de l’ère du shah; la monnaie change et les pièces représentant autrefois  un  lion avec une épée côté pile et le profile du shah côté face, ne sont plus aujourd’hui que des reliques d’un autre temps secrètement conservées. Même les noms des principaux bâtiments religieux et institutionnels ont été remplacé, comme la mosquée du chah à Isfahan aujourd’hui appelée mosquée de l’Imam (Khomeini bien-sûr), et certaines rues rebaptisées « rue des fermiers » ou « des travailleurs » afin de mieux coller à l’image populaire de la République Islamique. Mais quand ces changements ne servent pas la propagande de la révolution islamique, ils rappellent la mémoire des victimes de guerre. Car il est impossible de parler de l’Iran sans évoquer le concept de martyr, indissociable du chiisme (religion majoritaire en Iran). Ce mot qui fait froid dans le dos prend pourtant tout son sens dans les rues de Téhéran.  La mise en scène du martyr y est omniprésente , s’illustrant autant dans les visages des soldats tombés pendant la guerre  Iran-Irak exposés sur les façades des immeubles tel des peintures de la Renaissance, qu’au détour des stations de métro de la ville à qui ils ont donné leur nom (station Shahid Moffateh, Shahid Dr Fatemi…., « shahid « qui veut dire martyr en farsi)

holy defense 2.jpg

Summum de cette « martyr mania », le musée de la défense sainte. Une nouvelle institution ouverte en 2014 qui loin d’être un simple mémorial de guerre, se veut surtout l’éloge du sacrifice. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par une série de chars d’assaut, suivis de carcasses de voitures calcinées abritant les effets personnels de scientifiques ayant collaboré avec la République Islamique tués durant des attentats. La couleur est donnée. S’en suit une exposition hors-du-commun où le touriste curieux aura le privilège de déambuler sur de fausses mines anti-personnel tout en admirant des oeuvres d’art telles qu’un portrait de soldat en cartouches de fusils ou une fresque murale constituée de plaques de rue en mémoire des martyrs de la guerre.  Pour les amateurs de sensation forte, il est même possible de vivre une simulation de bombardement en direct. Et afin que les enfants ne soient pas en reste, un écran interactif est mis à leur disposition pour leur permettre de colorier de jolis croquis de tanks. Une scénographie qui affiche un parti pris clair,  alimenté par des légendes commentant les oeuvres plus au moins controversées et remettant en cause les résolutions entreprises par l’ONU pendant ke conflit avec l’Irak.  Enfin, le parcours de cette riche collection permanente s’achève dans une salle ornée de miroirs et de stucs  censée représenter le paradis, récompense ultime de ce sombre parcours jusque là plutôt semé  d’armes et de sang.

Holy defense museum.jpgHoly defense 1

*Holy Defense Museum of Teheran

 

 

 

 

 

z

 

 

Non classé Vagabondages

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :