Iran, au pays des merveilles et du martyr (6/6)

Lettre persane n°4: Foi, spiritualité et autres splendeursBagdir yazd

La fin de la narration de mon périple iranien touchant à sa fin, je me suis dit qu’il fallait peut-être revenir à ce qui est le plus évident quand on parle de l’Iran: la religion, ou plutôt la foi. Après avoir parlé des choses qu’on oublie, revenons à ce qu’on connaît. La plupart des iraniens pratiquent l’islam chiite duodécimain pour être exacte (je vous invite à explorer dans votre navigateur google pour en savoir plus car je ne compte pas écrire un roman sur le sujet). Mais avant que les arabes ne viennent conquérir et « islamiser » l’Iran, on y pratiquait aussi d’autres religions dont la plus ancienne est le zoroastrisme. Bien que réduite à peau de chagrin, une communauté de zoroastriens existe toujours en Iran et comporte environ 40000 pratiquants majoritairement répartis à Téhéran et Yazd,  une des plus anciennes villes du monde.

IMG_8767.JPG* Tours du silence à Yazd

Yazd, berceau du zoroastrisme 

Reconnue depuis 3000 ans, la ville de Yazd semble s’être figée dans le temps. Là-bas, les grands minarets des mosquées au bleu azur surplombent les bagdirs et habitations  en argile, dans un patchwork architectural unique mêlant héritage islamique et pré-islamique. Il s’agit d’une cité unique qui abrite encore les sites d’une des plus anciennes religion au monde, le zoroastrisme. Il est possible d’y visiter le temple du feu (Ateshkadé) réputé pour avoir maintenue une flamme pendant plus de mille ans et les tours du silence (colline où les zoroastriens déposaient leurs morts en attente de se faire dévorer par les vautours, …miam miam). En effet, ces derniers considéraient que les défunts ne pouvaient ni être enterrés, brûlés ou jetés au risque de souiller l’un de ces éléments.   Yazd est aussi le refuge d’une tradition ancestrale classée sur la liste du patrimoine de l’UNESCO, le varzesh-e pahlavani. Il s’agit d’une forme de lutte iranienne remontant à la Perse et à la Parthes antique qui, à l’instar de la capoeira, incorpore des éléments d’arts martiaux, de chant, de musique et de spiritualité soufi . Il se pratique dans un « zoorkaneh » ( maison de la force) qui n’est autre qu’un gymnase comportant une scène centrale où les athlètes s’entraînent et s’affrontent, des gradins pour le public,  et une estrade où le maître « morshed »récite des poèmes empruntés à la mythologie persane (le célèbre « shah nameh » alias livre du roi du poète Ferdowsi) . Dans la période pré-islamique, il s’agissait d’une pratique patriote afin d’encourager les guerriers d’où le récit des poèmes épiques. Après la diffusion du chiisme dans le pays, il a intégré une dimension religieuse et soufi que l’on retrouve à la fois dans la prière au prophète Mohammad que font les athlètes à chaque début de sessions, le portrait de l’imam Ali affiché dans chacun des gymnases, mais aussi dans l’entraînement auquel se livre les sportifs et comportant une danse semblable à celle des derviches tourneurs.

zoorkaneh.jpg* Zoorkaneh à Yazd

Des mosquées… et des églises aussi

J’ai été étonnée par l’énergie dégagée par les mosquées iraniennes. Elles surgissent de la terre comme des joyaux étincelants brillant de milles feux dans une variation de mosaïques,  calligraphie coranique et motifs géométriques.  A l’intérieur, toutes les excentricités décoratives sont permises. Stuc, miroirs et vitraux couleurs parent murs et plafonds de ce  lieu de recueillement mais aussi  salon de thé où j’ai pu observer de nombreuses étudiantes se retrouver pour discuter, étudier et manger des bonbons.  Quant au tchador dont on parle tant, il est surtout présent dans les zones rurales comme Kashan ou Yazd mais à Téhéran il se troque  souvent contre un voile coloré porté de manière assez insouciante et laissant voir les belles chevelures des iraniennes. Un accessoire de mode que je me suis habituée et amusée à assortir avec mes différentes tenues (un peu de superficialité dans ce monde de brute).

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Les chrétiens ne sont cependant pas absents de la carte non plus et si ils demeurent une minorité, ils possèdent  aussi leurs lieux de culte. Le quartier arménien d’Isfahan en est sûrement la plus belle représentation architecturale avec la cathédrale Vank, une église de pierre qui est sûrement  la plus chargée et ornementée que j’ai visité dans toute ma vie. Située dans un joli petit quartier plein de cafés et boutiques, elle s’accompagne aussi d’un mémorial du génocide et d’un musée regroupant plusieurs oeuvres d’art et d’artisanat rappelant que les arméniens ont fortement contribué à l’essor économique du pays.

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  • Quartier Arménien d’Isfahan

 

 

 

 

 

 

 

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