Lundi matin, j’attends mon train

train

Il y a quelque temps j’avais écrit un article sur le blues du dimanche soir que l’on peut ressentir avant d’attaquer chaque nouvelle semaine. Mon passage à Paris la semaine dernière m’a donné envie d’écrire sur les lundis matins qui succèdent à ces dimanche cafardeux. Car chez certains la détresse s’est substituée  depuis longtemps à la simple mélancolie pour un jour finir à la une des annonces de la SNCF: « accidents » de voyageur ou de « personne », une jolie formule pour dire que quelqu’un s’est suicidé. « Mesdames, messieurs votre attention s’ils vous plaît. Suite à un incident voyageur, le train numéro 3908 en provenance de Montluçon et en direction de Paris- Austerlitz sera retardé d’au minimum une heure. Nous vous remercions de votre attention et vous prions de bien vouloir nous excuser. » Le verdict est tombé et le courroux de la foule enclenché, ce qui donne un nouveau prétexte aux râleurs de pratiquer leur sport favori: se plaindre. « Ils aiment ennuyer le monde », puis-je entendre à ma droite, « mais quelle idée de se suicider un lundi matin? » surenchérit sa compagne pleine de compassion.Oui bien-sûr, Vous avez parfaitement messieurs dames, avaler des pilules dans son lit un dimanche soir et crever dans l’indifférence la plus générale aurait été beaucoup plus judicieux, moins égoïste. Mettre fin à ses jours est un acte très égoïste ai-je aussi pu entendre dire à plusieurs reprises. D’ailleurs je pense que l’âme désespérée qui s’est jetée sur le chemin de fer ce matin à sûrement prémédité son coup, un énième stratagème narcissique pour se faire remarquer et retarder l’emploi du temps de Madame Dupont . Parce-que les suicidaires ne pensent qu’à eux après tout. Tout en m’empiffrant des petits Lu du plateau repas offert par la SNCF pour acheter notre patience, je me dis que c’est quand même un peu fou qu’à l’heure des technologies de la communication, alors qu’il est possible d’accéder en instantané aux informations de la planète entière, le monde semble devenir plus insensible que jamais au malheur d’autrui. La guerre, la pauvreté, les réfugiés, les attentats suicides, le terrorisme…on s’y intéresse mais en surface et avec éloignement, et pour  assouvir une certaine curiosité malsaine. On s’émeut sur la photo du petit Aylan Kurdi, on revoit cent fois la vidéo d’un flic se faisant abattre comme un chien par des fanatiques sur BFMTV, et parfois on pleure devant un reportage sur le sort des réfugiés de Calais. Puis on retourne aussi vite changer sa photo de profil et publier les dernières news de sa vie trop cool sur Facebook. Peut-être faudrait-il se déconnecter des écrans, le temps de se reconnecter avec nos voisins et retrouver l’empathie qu’il nous manque parfois. Ce matin, j’ai voulu prendre mon train et au même moment un inconnu a décidé que les jours ne se suivraient et ressembleraient plus. Ce matin, pour lui il n’y aura plus de lundi matin.

Bref, J’attends mon train.

Non classé Vadrouilles mentales

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