Israel/Palestine: terre sainte, hummus et confusion

Voici venu le temps (non pas des cathédrales) mais de raconter mon périple en terre sainte… pas moins d’un an après qu’il s’achève. Mais mieux vaut tard que jamais! Je ne suis visiblement pas très douée pour relater mes voyages pendant que je les vis, je dois bien avoir deux ans de retard de voyages encore non racontés entre l’Inde, le Népal et l’Egypte. Malgré tout, je finis toujours par en laisser quelques traces, tôt ou tard. Et ça commence maintenant.

Si je devais résumer ce séjour en deux mots, ce serait: éclectique et fatiguant. Bouger de ville en ville en dormant chez des inconnus pendant un mois (j’avais bien évidemment choisi du couchsurfing) peut parfois s’avérer éreintant. J’ai donc quitté ce sol si controversé avec plus de questions que de réponses, mais je conserve imprimées sur ma rétine les images d’un petit pays autant vénéré que disputé,  dont le conflit bientôt centenaire reste au coeur des discussion. Un territoire aux paysages variés qui m’a conduite des plages de Tel Aviv, aux portes  de la vieille ville de Jérusalem, en passant par les bars de Ramallah, le désert de Judée, les rives de la mer morte, les terrasses de jardins de Haifa, jusqu’aux canyons du désert du Néguev. Autant de paysages, d’histoire, et de récits qui ont traversé les civilisations.

Politique

Que l’on voyage en Israel ou en Cisjordanie, il y a toujours des gens discuter avec vous du conflit, vous donner leur opinion, et surtout vous demander la vôtre. J’ai passé une journée à Jéricho avec un ancien leader du Fatah qui m’a demandé, de but en blanc, quelle solution je prônais pour la paix entre les deux états. Comme si moi, petite française de 30 ans, j’allais apporter une réponse immédiate et tranchée à  un conflit irrésolu depuis plus de 70 ans. Alors qu’il me conduisait vers certains sites saints du désert de Judée comme le Mont de la tentation ou Nabi Moussa,  il nous arrivait souvent de longer d’interminables forêts de de palmiers, qu’il m’expliqua cachait bien souvent des colonies israéliennes (considérées illégales par l’ONU). J’apprenais plus tard que ces colonies servaient de zones « tampon » à l’état d’Israel pour protéger ses citoyens en cas de révolte en Cisjordanie, une manière de s’assurer une sécurité même dans les zones en dehors de son contrôle. Il s’évertuait à me montrer comment la construction de tuyaux pour acheminer l’eau potable à ces colonies, privaient les palestiniens et les bédouins de l’eau de source. Du côté israélien, on m’a beaucoup parlé  de la seconde Intifada, des attentats suicides quotidiens dans les années 90, de la peur et des désillusions face aux multiples espoirs de paix. Une population dont les ancêtres ont fui l’holocauste et qui, pour certains, ont du se battre pour venir vivre sur cette terre où ils n’étaient pas les bienvenus non plus. Certains étant membres de partis paramilitaires sionistes  radicaux comme la Haganah, bien avant la création de l’Etat d’Israel en Palestine mandataire.

Tel Aviv- Yaffa

A première vue, Tel Aviv ne m’a pas vraiment subjuguée. Une grande ville moderne, avec un littoral jonché de grands projets immobiliers sur toute sa longueur. Mais avec le temps, j’ai su apprécier la diversité de la ville et de ses quartier. Sa longue promenade, la Tayelet, qui mène du nord au sud de la ville, jusqu’à Jaffa. Florentine, le quartier hippie avec ses graffitis dispersés  sur les rideaux électriques des magasins, le marché des épices Levinsky, mais aussi Neve Tzedek qui fut le premier quartier juif de la ville avec ses jolies boutiques de créateur et la maison de l’ ancien bijoutier et grand propriétaire terrien Aharon Chelouche, qui fut aussi le premier à acheter le terrains sur ce qu’est aujourdh’ui Tel Aviv. On y trouve aussi le centre de danse contemporaine Dellal, qui  les célèbres compagnies Batsheva et Inbal. Et enfin le marché Shouk Hacarmel pour manger du shakshuka au déjeuner et boire des shooters au déjeuner, entre deux breloques. Mais ce qui reste mon quartier favori de la ville reste sans nul doute Jaffa, qu’on appelle aussi Yafo en hébreux, qui est la partie sud de de Tel Aviv. Important port au moyen-âge, elle fut jusqu’à l’empire Ottoman, une des échelles du Levant au même titre que Akko et Césaréa. Ville arabe avant l’exode de 1948, elle a ensuite fusionné avec la ville juive de  Tel Aviv. Aujourd’hui encore, elle a ce charme désuet typique des villes arabes, avec ses chats errants, son horloge au datant de l’époque Ottomane, ses bars et son marché au puce. C’est aussi le meilleur endroit pour manger du  hoummous, des glaces (chez André), du malabi ou encore avoir un panorama sur Tel Aviv. On y trouve aussi des bars sympa comme le Anna Loulou’s pour sortir le soir.

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Promenade de Tel Aviv
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Centre de danse Suzanne Dellal

Jérusalem

Cette ville sainte vénérée à la fois par les chrétiens, juifs et musulmans, est un concentré de spiritualité, d’histoire et de culture. En effet, elle ne contient pas moins que  le troisième lieu saint de l’Islam; le dôme du rocher, la mosquée Al Aqsa, l’église de Saint Sépulcre où Jésus serait mort sur sa croix,  le mont du temple et le célèbre mur des lamentations. La nuit, l’atmosphère de la ville est particulièrement magique avec ses éclairages illuminant la pierre blanche dans laquelle est construite Jerusalem.

En réaction à l’aspect  « sacré  » de la ville, la population y est globalement plus orthodoxe qu’à Tel Aviv, ce qui donne parfois l’impression de se retrouver dans l’Europe de l’est au 18ème siècle. On entend même des gens parler le yiddish, une langue mélange d’hébreu et de langue slave qui était autrefois parlé par les communautés juives d’Europe centrale et orientale. C’est encore plus frappant lorsque l’on marche dans les petites ruelles du quartier juif ultra-orthodoxe de la ville, Méa Sharim. Là-bas, les femmes portent des robes longues et les hommes souvent le shtreimel, ce chapeau de fourrure porté par de nombreux juifs hassidiques lors des fêtes religieuses.

Cependant, cette religiosité affichée n’empêche pas à la ville d’être vivante et débordante de vitalité. On y trouve une cinémathèque, un théâtre installé dans un ancien caravansérail et de nombreuses galeries. Cette énergie se retrouve au sein du marché Yehuda, situé dans le quartier de Mahané Yehuda (le camp de Juda). Fréquenté par les touristes comme les habitants de Jérusalem, ce grand marché couvert vend tout ce que l’estomac peut désirer. Des allées d’épices, de halva (pâtisseries, mais aussi des boutiques de falafels ou de sabih (un célèbre sandwich pita fait d’aubergines sautées et d’oeufs durs). Le soir,  un fois les échoppes fermées, il se transforme  en repère nocturne pour étudiants. Même si on peut toujours y croiser des hommes plutôt traditionnels, buvant un verre au côté de la jeunesse de Jérusalem. D’ailleurs c’est cette ambivalence qui caractérise ce lieu si unique.

Yehuda market
Marché Yehuda
Marché Yehuda
Epices au marché Yehuda

Haifa

J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette ville. Peut-être car on  y entend parler arabe beaucoup plus qu’ailleurs, ce qui me rappelait le Liban. Sa population y est beaucoup plus mixte que dans le reste du pays. Les arabes et les juifs sortent dans les mêmes bars et se mélangent. Situé au nord ouest du pays, c’est également une ville très riche culturellement avec de nombreux musées d’art et d’histoire, comme le musée de la ville situé dans la colonie allemande qui retrace les grandes périodes d’Haifa, de l’Empire Ottoman au mandat britannique, jusqu’à la création de l’Etat d’Israël. On y trouve des photos d’archives, des affiches israéliennes d’époque, et aussi des informations sur les différentes batailles entre juifs et arabes. Mais surtout la ville est dominée par un site unique au monde, les magnifiques terrasses des Jardins baha’i de. Surplombant le littoral, comme dans une carte postale, ces jardins suspendus sont célèbres pour abriter la funéraille du Bab, fondateur de la foi baha’i de. Une religion qui prône une fusion entre foi,  science et technologie.

Haifa
Jardins Bahai

Akko

Ce charmant petit port arabe et juif déborde d’histoire. Il est un lieu d’escale idéal pour se promener au bord de la mer, tout en explorant l’histoire du pays. On y trouve notamment le tunnel des templiers, ancien un ordre militaire monastique dépendant du pape envoyés à Jérusalem  au Mont du Temple pour aider les pèlerins et les malades venus d’Europe en Terre sainte. Après la prise de Jérusalem par le soldat musulman Saladin, ils doivent quitter la ville et déménagent alors à Acre où ils bâtissent un tunnel pour relier la citadelle des templiers à la partie orientale de la ville. Mais aussi de nombreux bains turcs, mosquées et églises.

Akko
Dans la vieille ville d’Akko

Désert et confessions bédouines

Il est impossible de séjourner en Israel sans être saisi par l’immensité de son désert. Rien que celui du Néguev recouvre déjà 60% de la surface du pays. Il est possible de s’y rendre de Tel Aviv en bus ou en train. Personnellement j’ai une petite préférence pour le bus. Même si c’est plus long et inconfortable, il est agréable d’ y égrainer le temps avant d’arriver à bonne destination.  Deux possibilités: soit prendre un bus direct jusqu’à Mitzpe Ramon, ou alors un bus vers Beer Shiva avant d’en prendre un autre pour Mitzpe Ramon. Dans tous les cas, là-ba il est possible de faire de longues randonnées dans l’impressionnant cirque volcanique de Maktesh Ramon, qui est un des plus vieux en érosion dans le Neguev. On peut y passer une nuit sous une tente bédouine ou dans des auberges de jeunesse. Mais le désert de Judée qui descend l’Est de Jérusalem jusqu’à la mer morte près de la Jordanie y est tout aussi beau. Si vous êtes un peu sociable et bavard, vous aurez peut-être la chance comme moi d’y croiser un bédouin qui vous invitera dans sa tente (en tout bien tout honneur, évidemment).

Makhtesh Ramon
Cratère Makhtesh
Neguev
Parc National Ein Avedat
Desert.JPG

Falestine 

Il y a d’abord Ramallah, une petite ville arabe située sur les collines au centre de la Cisjordanie. Assez branchée, elle possède plein de cafés sympa, des discothèques et de pubs où se retrouvent les jeunes ramawallis. On peut aussi y visiter le très intéressant musée de Yasser Arafat qui raconte l’histoire du mouvement de libération de la Palestine (PLO) et des différentes Intifida. Mais aussi le moins intéressant musée Mahmoud Darwish qui n’a pas grand d’intérêt si on ne parle pas l’arabe puisque rien n’y est traduit en anglais.

Puis, il y a Bethléem, ville mythique réputée pour sa place Manger comprenant l’église de la nativité et la grotte supposée avoir hébergé la naissance du Christ. Même si aujourd’hui la population y est majoritairement musulmane, elle reste un site historique d’importance pour les chrétiens du monde entier. Aux alentours de Bethléem, résident deux petits villages chrétiens qui méritent le détour. Celui de Beit Sahour, il abrite les nombreux ateliers d’artisans fabriquant les croix en bois que l’on retrouve partout à Jérusalem, avec de la terre promise à l’intérieur. Mais aussi Beit Jala, situé à plus de 800 mètres d’altitude, il possède un café/restaurant qui offre une vue superbe sur les collines. C’est un endroit idéal pour dîner ou siroter un thé au coucher du soleil. Mention spéciale à la ribambelle de chats qui viendront sûrement manger avec vous.

Enfin Jéricho, une des plus anciennes villes au monde. Située  400 en dessous du niveau de la mer, cette ville située dans une cuve se distingue par les hauts palmiers qui l’entourent.  Elle possède des sites pittoresques comme le mont de la tentation où jésus aurait été mis à l’épreuve par le diable, et où l’on peut trouver un magnifique monastère orthodoxe gravé dans la roche.

Jericho 2
Bananiers de Jéricho
Jericho 3
Monastère de la tentation
Jericho
Palais d’Hisham: site archéologique de Jéricho appartenant aux « châteaux du désert ». Il aurait été ordonné par un calife Omeyyade.

 

 Une histoire de mur

C’est sûrement le mur le plus célèbre de l’histoire ; et il est tellement incontournable quand on voyage en Israel et en Cisjordanie, qu’on  oublierait presque qu’il n’a pas toujours existé.  Depuis la deuxième intifada et les accords d’Oslo, le pays a été séparé en trois zones: A, B et C. La zone A est sous autorité civile et militaire palestinienne (bien que Israel se donne le droit d’intervenir dans certains cas). Elle comprend les grandes villes de Cisjordanie comme Ramallah, Bethléeem, Hébron et Naplouse . La zone B  qui correspond aux villages entourant les villes palestiniennes est sous contrôle civil palestinien mais militaire israélien. La zone C, qui représente 63% de la Cisjordanie, comprend la Vallée du Jourdain, le désert, les frontières et Jérusalem Est. Elle compte environ 300000 colons israéliens, et a été placé sous contrôle civil et militaire israélien. Ce mur de « séparation » ou de « protection », selon les points de vue, restreint donc drastiquement les déplacements des populations palestiniennes qui veulent se déplacer en Cisjordanie. Les israéliens sont tout bonnement interdits par le gouvernement se rendre dans ces territoires occupés (même si certains le font), des panneaux effrayant les dissuadent même avec le message suivant  » vous entrez maintenant un village palestinien, entrée interdite pour les israéliens, danger de mort, contre la loi israélienne. »

Bethléem wall 3
Mur de séparation à Bethléem

Walled Off Museum

Bethléem est un peu devenu l’emblème de la Palestine sous occupation, car son mur qui la sépare d’Israel a été recouvert par de nombreuses oeuvres d’arts réalisées par des artistes internationaux. Parmi eux:  le célèbre Banksy qui a même laissé son emprunte en 2017,  avec la création du Walled-off hotel, un hôtel trois étoiles clin d’oeil à l’hôtel de luxe Waldorf Astoria. Sauf que ce musée a une particularité, ses chambres ne donnent pas sur le littoral ou une magnifique chaîne de montagne, mais sur le mur de séparation de la Cisjordanie. Il contient aussi un musée et une galerie sur l’histoire de l’occupation israélienne.

Banksy Bethléem wall
Oeuvre de l’artiste Banksy sur le mur de séparation

Hébron la controversée

On ne visite clairement pas Hébron pour son côté pittoresque, ni pour l’agréable atmosphère de ses rues. Au contraire, Hébron est une ville assez controversée et où le climat est particulièrement tendu en raison des affrontements religieux et politiques qui s’y déroulent. Depuis 1997, le protocole d’Hébron divise la ville en deux parties, une partie occidentale sous contrôle palestinien, une partie orientale qui constitue une enclave sous administration israélienne, mais où réside néanmoins 30000 palestiniens environ. Israel y déploie d’ailleurs une force spéciale pour assurer la sécurité de centaines de colons qui habitent près du centre ville. Une situation qui a transformé une partie de la ville, et notamment son vieux souk en véritable cité fantôme, contraignant certains habitants palestiniens de ces zones à rentrer chez eux par le toit étant donné que la porte d’entrée se situe dans des rues balisées  pour des raisons sécuritaires.

Personnellement, j’ai eu la chance de visiter la ville aux côtés de l’équipe de Breaking Silence, une association  fondée en 2004 , qui cherche à montrer la réalité de la colonisation en territoires occupés, à travers des rapports militaires et témoignages  d’anciens soldats. ils nous ont guidé dans les villes, près des tombeaux des Patriarches, dans la vieille ville désertée.  J’étais très admirative de ces jeunes israéliens, passés par le service militaire, qui ont aujourd’hui le courage de donner des tours et de partager leur perspective d’anciens soldats sur le quotidien de l’occupation. Parfois à leurs risques et périls ( un mois avant notre tour,  le fondateur de l’association avait été agressé. Nous avons d’ailleurs croisé des colons à de nombreuses reprises qui nous interpellaient pour insulter ceux qui donnaient le tour.

HébronHébron 2

Yad Vashem, un mémorial 

Quand on visite Jérusalem, il est difficile de ne pas passer par Yad Vashem.  Institut International de la mémoire de la Shoah, il s’agit d’un bâtiment iconique de la ville, situé dans la forêt de Jérusalem, à 800 mètres d’altitude à l’ouest du Mont Herzl . Se déployant sur une surface de  4 200 mètres carrés, il s’agit d’un bâtiment linéraire de 180 mètres de longueur avec une verrière à son sommet où passe la lumière zenitale. J’ai du y passer 4 heures, et encore cela n’a pas suffit pour absorber toute l’information qui s’y présente. Dans un silence religieux, les visiteurs déambulent dans le récit de l’horreur. L’histoire de la Shoah y est retracé à travers les expériences individuelles des victimes, des témoignages de survivants et des objets personnels. Les galeries illustrant la  situation des Juifs durant cette terrible période se succèdent le long de l’axe du bâtiment dont l’extrémité jaillit du versant de la colline, offrant un panorama à couper le souffle sur la vallée située en contrebas. Le cadre, unique en son genre, les variations de niveaux entre les différents espaces et les degrés de luminosité changeants contribuent à mettre en relief les points clés du récit. À l’issue de la visite, on  trouve la Salle des noms : un espace bouleversant recueillant les feuilles de témoignage de millions de victimes de la Shoah en l’honneur de tous ceux qui ont péri.

Yad Vashem
Façade extérieure de Yad Vashem
Yad vashem 2
Intérieur de Yad Vahsem

 

 

Non classé Voyages

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